L’esclave français
Ils se lèvent à six heures, consacrent neuf à dix heures par jour, cinq jours par semaine, à leurs emplois de salariés du privé, trajets et taxes sur le carburant compris.
Ce sont des privilégiés, leur fait-on comprendre : ils ont de la chance d’avoir un travail.
Combien sont-ils ? Vingt et un millions de salariés dans le privé. Et voici ce que mesure l’Insee quand elle compte l’argent réellement perçu dans l’année — temps partiels, contrats courts et mois sans emploi compris : la moitié des salariés français a touché moins de 21 090 euros, soit 1 757 euros par mois. C’était en 2022, dernière année mesurée.
Dix millions et demi de salariés du privé sous le seuil des 1 750 euros mensuels
Dix millions et demi de salariés du privé — à tout âge, du premier emploi au dernier. Ce montant est net de cotisations, mais il l’est avant l’impôt sur le revenu, avant la taxe sur la valeur ajoutée, avant les accises sur le carburant et l’électricité, avant les taxes sur les assurances qu’ils n’ont pas le droit de refuser.
Ajoutons que ce n’est pas là que s’arrêtent les prélèvements. C’est là qu’ils commencent.
Sur ce qu’ils gagnent, d’autres se servent à volonté avant qu’ils ne voient le moindre euro, et s’en servent pour se garantir à eux-mêmes exactement ce qu’ils leur refusent : une retraite par capitalisation, un emploi et des revenus à vie — bien souvent de père en fils — et l’impunité. Nous les prendrons un par un. Ce premier numéro compte ce qu’on lui prend ; les suivants diront à qui cela profite.
Ce qui précède n’a rien d’une métaphore, d’une caricature ou d’une exagération. C’est une architecture écrite noir sur blanc dans des textes de loi et des décrets d’application qui portent des numéros, des dates et des signatures.