L’édito politique de Libre Consentement Éclairé

C’était cela ou pisser dans le Nil toute sa vie en bouffant des haricots

Par Pierre Lefevre — 27 septembre 2026
Silhouette d’un jeune homme, un sac bleu sur l’épaule, au bord d’un filet d’eau sur les collines du Rwanda au lever du soleil

Mugisha, au bord du Nil, là où le fleuve n’est encore qu’un enfant.

Pour traiter comme ils le méritent tous les représentants subventionnés de la culture française – ère Macron – qui n’ont eu de cesse de crier au génie en parlant du plagiaire et vraiment paresseux Thélyson Orélien, Pierre Lefevre a demandé à Claude la chose suivante :

« Bonsoir Claude, peux-tu générer la première page d’un roman autobiographique d’un immigré portant un prénom courant de l’endroit d’où il part, c’est-à-dire de la source du Nil, et qui longe le fleuve pour arriver jusqu’en Égypte, où il prend un ferry pour la France ? Il doit espérer ; la langue doit être vivante, avec des métaphores et un peu d’humour noir. Merci. »

Réponse ci-dessous.

Lisa Li

C’était cela ou pisser dans le Nil toute sa vie en bouffant des haricots

Chapitre premier – Là où le fleuve n’est encore qu’un enfant

Le jour où j’ai décidé de partir, on enterrait mon frère dans un champ qui ne faisait pas la taille de sa tombe. Je m’appelle Mugisha. Dans ma langue, cela veut dire « la chance ». Ma mère avait de l’humour, ou alors elle passait commande au ciel. En tout cas, le ciel n’a jamais livré. Alors j’ai décidé d’aller chercher le colis moi-même. Je suis né à Rukarara, sur les collines du sud du Rwanda, là où le Nil n’est encore qu’un filet d’eau qui ne sait pas ce qui l’attend. On peut l’enjamber d’un pas. Enfant, je lui pissais dedans avec mes cousins, et je me dis aujourd’hui que quelque part, à cinq mille kilomètres de là, un pharaon en a bu, car, à n’en pas douter, nos ancêtres faisaient pareil.

Chez nous, on partage la terre entre les fils. Mon grand-père avait une colline. Mon père en avait le tiers. Nous étions cinq garçons : ma part fait quatre mètres sur six, ce qui est exactement ce qu’il faut pour y planter des haricots ou y enterrer son propriétaire. Mon frère Théoneste a choisi les haricots. Il est mort d’une fièvre à vingt-six ans, un mardi, pendant que l’infirmier du centre de santé attendait qu’on lui apporte les 2 000 francs de la consultation. On les a trouvés le mercredi.

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